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Jobboom - Jobboom - Le Magazine - Édition novembre 2008 - Index

exemple, en forte croissance économique
avec le boum pétrolier.
Ces craintes devraient-elles forcer les
premiers ministres à reculer? «On ne
peut pas mettre de barrières protectionnistes
par peur de la concurrence, dit
Yvon Boudreau. Il faut continuer à être parmi
les meilleurs et trouver notre place dans
ce type d’économie.» Selon lui, il serait
illusoire de penser que des masses de travailleurs
se déplaceront, mais il demeure
important pour une économie de pouvoir
recourir à des compétences où et quand
elle en a besoin.
Lors de la conférence de presse de juillet
dernier, Jean Charest a d’ailleurs fait valoir
que l’entente sur la mobilité interprovinciale
de la main-d’œuvre forcera chaque
province, dont le Québec, à offrir de bonnes
conditions de travail à ses employés
du secteur public pour éviter de perdre sa
main-d’œuvre qualifiée.
Partir, revenir
Du côté de l’industrie de la construction,
l’idée de faire tomber les barrières est
plus populaire. «Il est évident que cette
entente est avantageuse pour nous,
surtout avec l’ouverture de chantiers
importants en Colombie-Britannique,
comme ceux pour les Jeux olympiques
de 2010, dit Sylvain Gendron, présidentdirecteur
général du Syndicat québécois
de la construction (SQC). Il faut tout
mettre en œuvre pour reconnaître les
compétences.»
«Dans certaines provinces, comme l’Alberta,
il y a d’énormes pénuries de travailleurs
et les Québécois ont là-bas une bonne
réputation, confirme Benoît Maher. Je
surveille les occasions d’emploi et, dès
que quelque chose se présentera, je
partirai.» Par contre, il ne s’agira pas pour
lui d’un exil définitif. Il espère simplement
pouvoir pratiquer son métier pour un temps
dans des conditions bien meilleures qu’au
Québec.
Le caractère temporaire des exils fait
d’ailleurs partie des arguments avancés
par le SQC pour rassurer ceux qui craignent
un exode massif. «Il y a des corps
de métiers qui ont des clientèles très stables
et qui n’ont aucun intérêt à partir, dit
Sylvain Gendron. Dans les autres, selon
ce que nous avons déjà observé grâce
aux précédents accords de mobilité,
beaucoup de travailleurs partent pour
l’expérience, mais la majorité revient.»
À bas le corPoratisme!
Jocelyn Dumais, président de l’Association
pour le droit au travail (ADAT), qui lutte depuis
des années pour l’assouplissement
des normes sur les chantiers québécois et
contre la syndicalisation obligatoire dans
le domaine de la construction, comprend
marché du travail | MOBILITé De LA MAIn-D’œUvRe
PAR rim boukhssimi
l’attrait qu’exercent les autres provinces
sur certains travailleurs d’ici. «Le Québec
est tellement limitatif en matière d’échelles
salariales que ça ne m’étonne pas que les
professionnels quittent pour des revenus
plus élevés», dit-il.
On POURRAIT CROIRe
LeS QUéBéCOIS MOInS
MOBILeS, PUISQU’ILS
ne MAîTRISenT PAS
L’AnGLAIS. OR, Ce n’eST
PLUS TOUT à FAIT vRAI.
Le président de l’ADAT déplore aussi le fait
que les ordres professionnels contraignent
souvent les néo-Québécois qualifiés à refaire
toute leur scolarité pour être autorisés
à pratiquer et que les syndicats imposent
de longues périodes d’apprentissage à la
jeune relève.
Le cas de Rémi Messier, 23 ans, illustre
bien la disparité des pratiques d’emploi
entre les provinces. Le jeune homme a
travaillé pendant 15 mois comme magasinier
à Fort McMurray sur des plateformes
pétrolières. Cet emploi ne requiert aucune
qualification, que ce soit en Alberta ou au
Québec. De retour ici depuis à peine deux
mois, il est tenté de repartir. «Surtout que
l’on m’offre une belle occasion là-bas»,
dit-il. Son patron de Fort McMurray lui
propose d’apprendre le métier de chaudronnier
tout en conservant son salaire
de magasinier, qui culmine à 65 000 $
par année. Au Québec, un apprenti chaudronnier
gagne 45 760 $ et il lui faut un
diplôme pour travailler…
Bien qu’il trouve l’entente sur la mobilité
de la main-d’œuvre encore imparfaite,
Jocelyn Dumais encourage sa ratification.
«Tant que le gouvernement du Québec
ne changera pas sa réglementation en
assouplissant les normes salariales et
les conditions d’emploi, je ne vois pas ce
que l’on pourra en obtenir, dit-il. On doit la
signer, mais pas fermer le dossier.»
Un meilleur accès aux emplois d’est en
ouest effleure aussi la question linguistique.
On pourrait croire les Québécois
moins mobiles, puisqu’ils ne maîtrisent
pas l’anglais. Or, ce n’est plus tout à fait
vrai, avance Lina Bonamie. «La barrière de
la langue concerne les gens qui ont plus
de 40 ans. La relève est bilingue ou a du
moins un anglais fonctionnel.»
Les intéressés peuvent s’entraîner à dire
Here’s my «résumé».