Jobboom - IndexJobboom - Jobboom - Le Magazine - Édition novembre 2008 - Index16
Ailleurs | Bosnie-Herzégovine
PAr PAtrick Bellerose
effort
de paix
Tr e iz e a n s a p r è s la fi n d e la g u e r r e, le To u r i s m e a i d e
la Bo s n i e-He r zég ovi n e à s e r e m eTTr e le nTe m e nT s u r
p i e d. il c o nTr iB u e au s s i à rap p r o c H e r le s m u s u l m a n s
eT le s se r B e s, q u i s e v o i e nT o B l i g é s d e c o l l a B o r e r
p o u r e n m a x i m i s e r le s r eTo m Bée s é c o n o m i q u e s.
Efendic Fadida tient une boutique de
souvenirs face au mausolée de srebrenica,
qui commémore le massacre de plus de
8 000 hommes musulmans par les forces
serbes en 1995. Cette musulmane dans
la cinquantaine a elle-même perdu son
mari et son fils lors du génocide. Pourtant,
elle a choisi de rester à srebrenica,
aujourd’hui peuplée principalement de
serbes. Comment peut-elle vivre au milieu
des ennemis d’hier? «Je suis née ici, j’ai
grandi ici», explique-t-elle.
selon ses estimations, entre 300 et
500 personnes visitent chaque semaine
le mausolée. Ceci inclut les proches des
victimes, mais aussi de nombreux touristes.
ils viennent en groupes organisés,
principalement de Turquie et d’Autriche,
mais aussi des états-Unis et d’europe de
l’ouest. «ils achètent, ils mangent, ils dorment.
Ça stimule l’économie.»
À bien des égards, l’histoire d’efendic
Fadida reflète les défis qui attendent la
Bosnie-Herzégovine. en 1995, au sortir
d’une guerre de trois ans qui a fait plus de
100 000 morts et 1,8 million de déplacés,
le PiB du pays avait chuté de 75 % et les
infrastructures étaient dévastées, particulièrement
à sarajevo. Les principales
usines ont quitté le pays, tout comme une
bonne partie des gens les plus éduqués.
Pour couronner le tout, le pays a été divisé
en deux entités reflétant les rivalités historiques
: la république serbe de Bosnie,
composée principalement de serbes, et
Bosnie-Herzégovine
superficie : 51 210 km 2
indépendance : 1992
Population : 4 millions
Distribution ethnique :
• Bosniaques : 48,0 % • Croates : 14,3 %
• Serbes : 37,1 % • Autres : 0,6 %
Capitale : sarajevo (310 000 habitants)
Monnaie : mark convertible
Taux de chômage : 45,5 % (estimation de 2004)
Population vivant sous le seuil de la pauvreté : 25 %
sources : The World Factbook, nationmaster.com.
carriere.jobboom.com/magazine
novembre-décembre 2008 vol9n°10
la Fédération de Bosnie et Herzégovine,
où vivent surtout des musulmans et des
Croates. Le haut-représentant de l’onU
chapeaute les deux entités, tout en mettant
graduellement en place des institutions
nationales.
PAr ici, les touristes!
Heureusement, le pays peut compter sur
de magnifiques paysages de montagnes
et une ville riche en histoire, sarajevo.
Ainsi, le tourisme est devenu une des principales
activités économiques, après les
secteurs de l’énergie et de la construction.
Des habitants ont commencé à ouvrir
des auberges, des restaurants et à mettre
sur pied des tours guidés.
Mais pour réussir dans cette nouvelle voie,
les anciens belligérants doivent travailler
ensemble. «Au début, quand nous nous
présentions dans les foires internationales
pour promouvoir la région, les gens
voyaient deux groupes se battant pour les
touristes», raconte le président de l’Association
touristique de Bosnie-Herzégovine,
Šemsudin Džeko. en 2003, les deux
parties se sont rendues à l’évidence :
«L’économie doit primer sur nos chicanes
politiques.» La république serbe de
Bosnie et la Fédération de Bosnie et
Herzégovine ont donc créé cette association
touristique pour faire front commun
sur la scène internationale. «C’était
la première fois que les gens d’affaires
des deux entités collaboraient à un projet
commun», se félicite Šemsudin Džeko.
Blessures de guerre
Depuis, l’Association crée tout le matériel
promotionnel et présente une image
d’unité dans les foires internationales.
Toutefois, les brochures touristiques évitent
de mentionner les éléments liés au
récent conflit, comme le mausolée de
srebrenica. «nous ne pourrions pas trouver
un consensus [nDLr : entre serbes et
musulmans] sur la façon de présenter et
d’interpréter ces endroits», dit Šemsudin
Džeko après une longue hésitation.
sur le terrain, on constate que la coopération
est toujours difficile. «Je n’ai aucun
problème à collaborer avec les serbes»,
dit une employée de l’Association, qui souhaite
garder l’anonymat. «Mais je n’oublie
jamais qui sont les agresseurs.» Une situation
observée aussi par Tim Clancy, un
Américain vivant dans le pays et auteur
de nombreux guides de voyage sur les
Balkans. «Par exemple, il devrait y avoir
des politiques, des taxes et des prix harmonisés
entre les deux entités, dit-il. Mais
la république serbe de Bosnie refuse de
collaborer.» il ne blâme pas celle-ci pour
autant. «Dans les Balkans, les minorités
ont peur de perdre leurs acquis. Alors les
serbes préfèrent garder leurs juridictions
plutôt que laisser le contrôle au gouvernement
national.»
corruPtion et
sous-finAncement
D’autres obstacles ralentissent le développement
de l’industrie touristique. Tim
Clancy, lui-même fondateur d’une entreprise
en écotourisme, parle d’un gouvernement
inefficace et corrompu. selon
lui, le gouvernement de la Fédération de
Bosnie et Herzégovine investit principalement
dans la construction et l’énergie,
où il détient des monopoles, parce qu’une
part de l’argent est redirigée dans les poches
du parti au pouvoir. «ici, les responsables
de projets changent en fonction
des élections», explique-t-il.
Les rares subventions en tourisme sont
distribuées de façon ridicule, poursuit Tim
Clancy. «Plutôt que d’aider concrètement
une vingtaine de projets, le gouvernement
vient d’allouer près de 2 000 KM
[environ 1 500 $ CAn] à 400 projets!»
Une façon de plaire à tout le monde,
estime-t-il.
La formation de la main-d’œuvre aussi
fait défaut. Les réfugiés qui reviennent
au pays n’ont généralement pas travaillé
dans leur domaine depuis des années.
il y a bien une école de tourisme et
d’hôtellerie, mais le système d’éducation
est encore «sous-développé», déplore
Šemsudin Džeko. De plus, l’industrie
souffre du manque de moyens techniques.
Par exemple, il est impossible
de tenir des statistiques fiables sur le
nombre de touristes dans les diverses
régions, en raison de la faible présence
d’ordinateurs.
Malgré tout, l’industrie a parcouru un bon
bout de chemin. en l’an 2000, sarajevo
comptait environ 21 hôtels, comparativement
à 84 aujourd’hui. Les prix aussi sont
à la hausse, signe d’une forte demande.
«Le tourisme aide notre économie de
façon générale, dit Šemsudin Džeko. en
donnant une image positive du pays, il
stimule les investissements étrangers et
notre développement. il aide à la création
d’infrastructures et d’emplois. notre industrie
influence directement ou indirectement
54 secteurs. Cela va des hôtels
aux stations d’essence.» et avec un taux
de chômage qui dépasse les 40 %, le
pays en a bien besoin.