Jobboom - IndexJobboom - Jobboom - Le Magazine - Édition novembre 2008 - Index42
Mode de vie | LES parEntS cool
par Marie-Claude Élie Morin
Grands enfants
Le s g r a n d s a d o s d’h i e r d evi e n n e nt a u j o u r d’h u i pa r e n t s et ti e n n e nt farouch e m e nt à de m e u r e r b r a n c h é s,
m ê m e s’iLs s e baLad e nt m a i n t e n a n t av e c f i s to n e n p o u s s ette. Le m a r c h é s u it cette t e n d a n c e, e n offrant d e
p Lu s e n p Lu s d e p r o d u i t s adaptés à Le u r s g o û t s. Qu i s o n t c e s pa r e n t s c o o l?
Ils font porter à leur bébé des t-shirts
à l’effigie d’un groupe punk. Leur fils de
quatre ans trippe sur arcade Fire. Et les
films de Michel Gondry (cinéaste français
aimé de la branchitude, qui réalise les clips
de Björk) servent à divertir la marmaille.
Qui sont-ils, hormis le fait d’être de possibles
cas pour la DpJ aux yeux de la majorité?
Ils sont les parents cool, ce que les
américains ont baptisé les alternadads ou
alternamoms, ou encore les parents hipsters,
en référence à cette sous-culture :
port de lunettes rétro et de t-shirts vintage,
passionnés d’architecture Bauhaus
et de tout ce qui est un peu marginal…
avec des enfants.
Or, le monospace et la poussette cadrent
mal avec le style hipster. D’où la rébellion
de ces parents, grands ados encore hier.
carriere.jobboom.com/magazine
novembre-décembre 2008 vol9n°10
identitÉ prÉbÉbÉ
C’est à neal pollack qu’on doit l’étiquette
alternadad : c’est le titre de son récit autobiographique,
paru l’an dernier. Journaliste,
écrivain à ses heures, passionné de
rock’n’roll, il a aussi fondé Offsprung.com,
un magazine Web et lieu d’échanges pour
parents décoincés.
Quand neal pollack est devenu papa, il
y a six ans, son amoureuse et lui se sont
juré qu’ils allaient demeurer branchés.
Une décision qui avait moins à voir avec
leur conception de l’éducation qu’avec
le désir de ne pas être engloutis par leur
rôle de parents, explique-t-il, depuis sa
résidence de Los angeles. «Quand Elijah
est arrivé, il est immédiatement devenu la
chose la plus importante dans nos vies.
Mais nous étions là avant lui. On ne voulait
pas que nos champs d’intérêt, nos identi-
tés d’avant le bébé disparaissent avec la
venue d’un enfant. C’était important pour
nous de continuer à voir des spectacles,
des films, et pas seulement des trucs pour
enfants. C’était surtout important pour
nous de continuer tous les deux de faire
un travail qu’on aime.»
La journaliste Ève Dumas et son conjoint,
l’illustrateur Francis Léveillé, nourrissaient
les mêmes désirs au moment d’avoir leur
premier enfant, il y a deux ans. «Je crois
que nous sommes de plus en plus nombreux
à ne pas vouloir renoncer complètement
à notre style de vie prébébé, à
vouloir conserver certaines habitudes,
remarque Ève Dumas. On ne cherche pas
à ce que nos enfants soient cool, mais si
on fait jouer Rehab d’amy Winehouse, ça
nous fait sourire que notre fille chantonne
le refrain», ajoute-t-elle.
Ce désir de rester soi-même est aussi
clairement exprimé dans les nombreux
blogues et sites de discussion pour nouveaux
parents qui ont vu le jour dans les
dernières années. Sur Babble.com, on
discute âprement des vertus de la vaccination
aussi bien que du dernier album
de Wyclef Jean. plus près de nous, la blogueuse
Mère Indigne (www.trashindigne.
blogspot.com) donne dans l’anticonformisme
parental jouissif tout en terminant
son doctorat en philosophie. Son blogue
est une sorte de pied de nez au mythe du
parent parfait, et elle y confesse allègrement
ses petits travers de maman.
«Je suis exaspéré par la pression monstrueuse
mise sur les parents pour qu’ils se
plient sans fin aux besoins de leur enfant
chéri», ajoute neal pollack, qui a poussé
l’audace jusqu’à fonder un groupe rock
alors que son fils était aux couches. Et dans
Alternadad, il ne cache pas qu’il fume un
pétard de temps en temps, ni son aversion
pour la culture parentale perfectionniste.
rien de neuf
Les parents cool ne plaisent pas à tout
le monde, notamment à la chroniqueuse
Leah McLaren, du Globe and Mail. «Les
parents cool croient qu’ils sont les premiers
à avoir décidé de conserver leur
identité après avoir donné naissance.
Ils croient que le fait que leur fils se
trémousse au son de the Hives est
révolutionnaire. Ils oublient que la
génération précédente a fait la même
chose en faisant jouer les Beatles»,
écrivait-elle au sujet d’Alternadad à la
sortie du livre.
Le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre
au CHU Sainte-Justine, constate lui aussi
que le phénomène des parents dans le
vent n’est pas nouveau : «Les soixantehuitards
et les baby-boomers aussi voulaient
élever des enfants tout en restant
cool, remarque-t-il. La nouvelle génération
de parents est toutefois particulière parce
qu’on dirait qu’ils sont restés adolescents
plus longtemps que la génération précédente.
Ils sont très attachés aux objets,
aux bébelles, à la technologie. Ils ont de
la difficulté à se sentir parfaitement investis
dans leur rôle de parents sur le plan
psychique.»
pour bohèMes seuleMent?
Si Jean-François Chicoine s’inquiète de la
fragilité du lien entre parents et enfants
aujourd’hui, la mode des parents cool,
elle, lui apparaît plutôt innocente et bien
mineure. «On parle quand même d’un
phénomène qui concerne les milieux